Le remède contre la fatuité ('ilâju l-'ujbi)

Publié le par laplumedelislam

LE TROISIEME QUART
Le Quart de ce qui est périlleux
Le Livre de la dépréciation de l'orgueil et de la fatuité
Le remède contre la fatuité ('ilâju l-'ujbi)

Sache que c'est Allah - سبحانه - qui est ton Bienfaiteur, car c'est Lui qui t'a donné l'existence et a rendu possible tes oeuvres. Aussi, il n'y a aucun sens à la fatuité de l'homme pour son œuvre, du savant pour sa science, de celui qui est beau pour sa beauté, du riche pour sa richesse, car tout cela provient de la faveur (fadl) d'Allah - تعالى -. L'être humain n'est qu'un support pour le débordement des bienfaits en sa faveur.

D'ailleurs, le fait qu'il soit un support, constitue un autre bienfait en sa faveur. Si tu dis que l'œuvre se réalise grâce à ta puissance, et on n'imagine l'œuvre que par ton existence et l'actualisation de ton action, de ta volonté et de ta puissance, d'où vient donc ta puissance ?
Sache que tout provient d'Allah - تعالى - et non pas de toi. Et si l'œuvre s'actualise grâce à la puissance, c'est que la puissance est sa clé. Or, cette clé est dans les mains d'Allah - تعالى -.
Et tant que tu ne reçois pas la clé, tu ne peux pas réaliser l'œuvre. C'est comme si tu te mettais devant une armoire fermée que tu ne peux pas ouvrir, sauf si on te donne la clé.

En effet, il est rapporté dans les deux Recueils Authentiques, d'après le Hadîth transmis par Abû Hurayra - رضي الله عنه -, que le Prophète - صلى الله عليه وآله وسلم - a dit : « Pour aucun de vous, son œuvre ne le fera entrer au Paradis. » Les gens présents lui ont demandé : Même pas toi ô Envoyé d'Allah ? Il a dit : « Même pas moi, sauf si Allah me comble de Sa miséricorde et de Sa faveur ».

Sache également que la fatuité est générée par les mêmes causes qui favorisent l'orgueil. Nous avons déjà évoqué ces causes et leurs remèdes.

C'est le cas notamment de la fatuité due à la descendance. Ainsi, le noble croit parfois que la noblesse de ses parents lui assure son salut. Le remède contre cela, c'est de savoir que, s'il diverge par rapport à ses parents et croit qu'il aura le même sort qu'eux, il fait preuve d'ignorance, et s'il se conforme à eux, ce qui importe ce n'est pas le fait d'admirer leurs vertus, mais de craindre pour le sort de son âme. A vrai dire, la noblesse est conférée par l'obéissance louable (at-tâ'atu l-mahmûda) et non pas par la descendance et la filiation. Allah - تعالى - a dit :

{ Le plus noble d'entre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux d'entre vous }
[Qur'ân Sûratu l-hajarât (44) - 13].

De même le Prophète - صلى الله عليه وآله وسلم - a dit à sa fille : « Ô Fâtima ! Je ne peux en rien t'être utile devant Allah ». Si tu dis : Mais le noble espère que ses proches intercèdent en sa faveur ? La réponse est la suivante : tous les musulmans espèrent l'intercession (ach-chafâ'at); il arrive qu'on intercède en faveur d'une personne après qu'elle soit brûlée par le feu et il arrive que les péchés soient si grands que l'intercession ne permette plus de la sauver.

Il est rapporté dans les deux Recueils Authentiques, d'après le Hadîth transmis par Abû Hurayra - رضي الله عنه - que le prophète - صلى الله عليه وآله وسلم - a dit : « Je verrai l'un de vous qui viendra au jour de la Résurrection portant sur le cou un chameau qui mugissait. Il me dira : ô Envoyé d'Allah ! Secours-moi ! Je lui répondrai : je ne peux rien pour toi. Je t'ai déjà averti ».

Celui qui s'adonne ardemment aux péchés en comptant sur l'espoir de l'intercession s'apparente au malade qui se laisse aller aux plaisirs comptant sur l'habileté et la compétence de son médecin bienveillant. C'est là une attitude pleine d'ignorance, car l'effort du médecin peut servir contre certaines maladies, non pas contre tous les maux.

Ceci s'éclaire davantage lorsqu'on sait que les compagnons craignaient beaucoup la vie future. Comment, dans ces conditions, celui qui n'a pas atteint leurs rangs peut-il compter sur l'intercession ou sur autre chose ?

La fatuité peut être générée également par la fausse opinion, conformément à la Parole divine :

{ Qu'adviendra-t-il de celui pour qui la laideur de son action aura été revêtue d'apparences trompeuses et qui considérera comme un bien ? }
[Qur'ân Sûratu l-Fâtir (35) - 8]

Le remède contre cela est plus difficile que les remèdes contre d'autres maux. En effet, l'homme qui est imbu de lui-même et de ses opinions personnelles, n'écoute point les conseils. D'ailleurs, comment peut-il abandonner ce qu'il considère comme une planche de salut ?

En général, le seul remède qui lui convient, consiste à ne pas se fier constamment à ses propres opinions, et à éviter qu'il n'en soit dupé, sauf s'il bénéficie du témoignage favorable et irréfutable du Livre Saint, ou de la Sunna, ou d'une preuve rationnelle qui réunit toutes conditions requises. Mais on ne parvient à le connaître qu'en fréquentant les savants et en pratiquant le Livre Saint et la Sunna.

Il convient également, pour celui qui ne consacre pas sa vie à la science (al-'ilm), de ne pas s'engager dans le débat autour des rites et doctrines et de s'en tenir au dogme général en croyant qu'Allah - سبحانه - est Un, qu'il n'a pas d'associé, que « Rien ne ressemble. Il est Celui qui entend et voit », que Son Messager est véridique (as-Sâdiq) dans ce qu'il a rapporté. Il doit aussi croire à ce qui est mentionné dans le Qur'ân sans chercher ni creuser, en consacrant plutôt son temps à la crainte révérencielle (at-taqwâ) et à l'accomplissement des œuvres d'obéissance. Car s'il se lance dans les débats doctrinaux et aspire à acquérir la connaissance, il périra.
 

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Publié dans Ihyâ` 'Ulûm Ad-Dîn

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