Les degrés du scrupule : le scrupule comporte quatre degrés (partie2)

Publié le par laplumedelislam

C'est le cas également lorsqu'un illicite indéterminé se mêle à un licite indéterminé comme le cas de l'argent qui circule à notre époque. En effet, ce mélange n'interdit pas d'acquérir quelque chose de particulier, sauf s'il porte un signe particulier qui prouve que c'est un bien illicite comme lorsqu'on le reçoit de la main d'un gouvernant injuste. S'il ne porte pas de signe particulier, son abandon relève du scrupule sans qu'il y ait interdiction. Ceci parce qu'on savait à l'époque de l'Envoyé d'Allah - صلى الله عليه و سلم - et des Califes après lui, que le prix des vins, l'argent de l'usure et les produits du butin se sont mêlés à la masse de l'argent en circulation. Certains compagnons ont été témoins du pillage de Médine et des forfaits des tyrans mais ils n'ont pas interdit l'achat au marché. C'est dire que, sans la validité de ce principe, tous les agissements deviendraient impossibles en raison de la prédominance de la perversion chez les gens. Il reste que le principe qui régit l'argent c'est la licité.



Ainsi, lorsqu'il y a contradiction entre le principe et ce qui prédomine sans que ce dernier porte un signe particulier, c'est la licité qui prévaut comme nous l'avons souligné à propos de la terre des rues et des récipients des polythéistes. En effet, 'Umar - رضي الله عنه - avait bu dans une jarre appartenant à des chrétiens, bien qu'ils boivent du vin et mangent du cochon, et qu'ils ne s'embarrassent pas des souillures. Par ailleurs, les compagnons avaient pour habitude de porter des manteaux de cuir tanné et des vêtements teintés. D'ailleurs, celui qui réfléchit sur la situation des tanneurs et des teinturiers saura qu'ils sont submergés par les souillures, ce qui montre qu'ils ne se prémunissent que contre une souillure visible ou portant un signe, car ils ne prennent pas en considération les suppositions gratuites qu'impliqué le cours normal des choses.
Si l'on se demande : ils prennent des libertés dans les questions de purification mais ils se prémunissent contre les cas douteux en matière d'illicite, où est donc la différence ?
Nous répondons par ceci : si tu veux entendre par là qu'ils prient avec les souillures, ceci n'est pas vrai et si tu veux entendre qu'ils se prémunissent contre toute souillure qu'il faut éviter, ceci est vrai. Quant à leur scrupule par rapport aux cas douteux, il s'effectuait par le biais du renoncement de l'âme à ce qui n'implique pas le mal par crainte de ce qui fait mal - du les gens scrupuleux parmi les anciens fuyaient les biens licites qui pouvaient absorber leurs cœurs. Allah est Plus Savant.

Le troisième point porte sur le licite, l'illicite, la recherche, l'interrogation, la négligence.
Sache que si on t'offre une nourriture ou un cadeau ou si tu veux acheter quelque chose d'une personne, tu n'as pas à te poser des questions du genre : ceci fait partie des choses dont je n'ai pas la certitude qu'elles soient licites donc je veux bien vérifier son origine, mais tu n'as pas non plus le droit d'abandonner totalement toute vérification et toute recherche à ce sujet. C'est que parfois l'interrogation est obligatoire, parfois elle est interdite, parfois elle est recommandée et parfois elle est répréhensible.

Le mieux qu'on puisse dire à ce sujet est ceci : Le doute est à l'origine de l'interrogation. Il intervient soit à propos d'une question relative à l'argent ou à son propriétaire, soit à propos de quelque chose se rapportant à ce dernier, comme lorsqu'il est inconnu, sans que cela porte un indice qui prouve son injustice, comme la tenue des soldats, ou sa rectitude comme les habits des savants et des ascètes. Ici, l'interrogation ne s'impose pas et elles n'est pas permise car une telle attitude recèle une atteinte et une gêne pour le musulman et on ne peut en dire de lui : ceci est douteux, parce que le doute implique un soupçon fondé sur une preuve ou une indication. Voilà pourquoi il est permis de traiter avec un tel homme, parce que le fait d'avoir les biens dans ses mains prouve qu'il est le propriétaire, tandis que les autres preuves contre lui restent fragiles. Néanmoins le renoncement dans ce cas relèverait du scrupule.

Pour ce qui se rapporte aux biens, c'est lorsque le licite se mêle à l'illicite, comme lorsqu'on propose au marché des quantités de nourriture spoliée que les gens habitués au souk achètent. En effet, celui qui effectue des achats dans un tel marché n'est pas tenu de poser des questions sur la marchandise proposée sauf s'il s'avère que la plupart de la marchandise proposée est illicite. Dans ce cas, il doit poser des questions. Autrement, si la plus grande partie de ce qui est proposé n'est pas illicite, l'interrogation relèverait du scrupule et elle ne serait pas obligatoire.

Nous disons la même chose à propos d'un homme dont les biens licites se sont mêlés à d'autres illicites, comme lorsqu'il s'agit d'un commerçant qui effectue des opérations saines tout en recourant à la pratique de l'usure. Lorsque la grande partie des biens d'un tel commerçant est illicite on ne doit accepter son invitation et ses cadeaux qu'après avoir inspecté leur origine. S'il s'avère que ce qu'on prend est d'origine légitime, il est alors permis de l'acquérir, autrement il convient d'y renoncer. Si les biens proposés sont illicites dans une petite proportion, ce qu'on prend devient douteux et le scrupule implique qu'on doit y renoncer.

Sache également que l'interrogation s'impose en raison de la suspicion et ne s'arrête que lorsqu'il n'y a pas de suspicion qui l'implique. Ceci lorsque le responsable n'est pas accusé. S'il est accusé et lorsque tu sais qu'il a un dessein à travers ta présence ou l'acceptation de son cadeau, tu ne dois pas avoir confiance dans son dire et il convient d'interroger quelqu'un d'autre.

Le quatrième point : sur Le licite, l'illicite et la modalité pour le repentant de réparer les forfaits financiers.

Sache que celui qui se repent et qui possède des biens mélangés doit extraire ce qui en est illicite et s'en débarrasser. S'il s'agit de biens matériels connus, leur affaire est facile. S'il s'agit de biens confus et mélangés mais déterminés comme les grains, les pièces de monnaie, dont on connaît la valeur, on doit trier celle-ci. S'il y a difficultés on a deux possibilités pour s'en sortir.

- L'une d'elle consiste à s'en tenir à la croyance générale.

- L'autre consiste à s'en tenir à la certitude.
En somme, c'est l'attitude qu'exigé le scrupule.

Lorsqu'on doit se débarrasser des biens illicites et s'ils ont un propriétaire déterminé, il convient de les lui remettre à lui ou à ses héritiers. Même si ces biens ont rapporté des intérêts et ont augmenté on doit tout réunir pour le lui remettre. Si on désespère de retrouver le propriétaire et on ne sait pas s'il a ou non laissé des héritiers après sa mort, on doit donner ces biens en aumône. S'il s'agit de biens qui étaient à l'origine consacrés à l'intérêt commun des musulmans, il convient de les investir dans la construction des ponts et des mosquées et dans l'entretien des routes qui conduisent à la Mecque et dans tout ce qui est utile pour les passagers musulmans.

Il reste que si le fidèle a des parents qui possèdent des biens illicites, il doit chercher des échappatoires pour ne pas en consommer, s'il s'agit de biens d'origine douteuse il doit les ménager, s'ils refusent, il doit en prendre une petite quantité. Ainsi on rapporte que Bishr a pris une datte donnée par sa mère puis il est monté dans la pièce et il l'a vomie.

Le cinquième point : la fréquentation des sultans et des gouvernants, sur l'acceptation de leurs cadeaux et ce qui est permis en matière de fréquentation de sultans injustes, etc...

Sache que celui qui reçoit de l'argent offert par un sultan doit chercher l'origine et la provenance de cet argent, se demander s'il le mérite ou non et évaluer la quantité qu'il doit accepter.

En effet, beaucoup parmi les anciens ont eu du scrupule à l'accepter. D'autres l'acceptaient puis le donnaient en aumône.

Pour ce qui est de notre époque, la prudence est de rigueur à ce sujet parce qu'on sait généralement comment on parvient à recevoir un tel argent. En plus, on sait qu'on ne peut l'obtenir qu'en s'humiliant, qu'en le demandant et qu'en fermant les yeux sur certains comportements répréhensibles. Du reste, certains parmi les anciens pieux ne prenaient jamais un tel argent, prétextant qu'il y avait beaucoup de gens parmi eux qui le méritaient et qui ne l'ont pas pris. Evidemment, ce n'était qu'un prétexte car ils ne feraient que prendre leur dû.

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Publié dans Ihyâ` 'Ulûm Ad-Dîn

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