Sahih El Boukhâri: TITRE 24 DE LA DÎME page1

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TITRE 24
DE LA DÎME

CHAPITRE PREMIER. --- De l’obligation de payer la dîme. – De ces paroles du Coran : Observez la prière et donnez la dîme. – Ibn-‘Abbâs a dit : « Abou-Sofyân m’a rapporté un hadith du Prophète en disant : « Il nous ordonne la prière, la dîme, l’union avec les parents et la chasteté. »
 
1. Selon Ibn-‘Abbâs, le Prophète envoya, dans le Yémen, Mo’âdz en lui disant : « Invite les habitants de ce pays à attester qu’il n’y a d’autre divinité que Dieu et que je suis l’Envoyé de Dieu. S’ils se conforment à cette invitation, enseigne-leur que Dieu leur a prescrit cinq prières pour chaque jour et chaque nuit. S’ils les pratiquent, enseigne-leur que Dieu a prescrit de faire l’aumône en prenant une partie des biens des riches pour les remettre aux pauvres. »

2. D’après Abou-Ayyoub, un homme dit au Prophète : « Indique-moi un acte à accomplir qui me fera entrer dans le Paradis. --- Que veut-il ? que veut-il ? s’écria-t-on dans l’assistance ? --- Oh ! répondit le Prophète, c’est une chose bien simple. Tu adoreras Dieu ; tu ne lui associeras aucune chose ; tu observeras la prière, tu payeras la dîme et tu seras unis avec tes parents. »

3. Selon Abou-Horaïra, un arabe vint trouver le Prophète et lui dit : « Indique-moi une œuvre qui, lorsque je l’aurai accomplie, me fera entrer au paradis. --- Tu n’as qu’à adorer Dieu, répondit le Prophète ; à ne lui associer aucune chose, à observer la prière canonique ; à payer la dîme prescrite et à jeûner pendant le ramadân. --- Par celui qui tient ma vie entre ses mains ! répliqua le bédouin, je ne ferai rien autre chose que cela. --- Que celui, dit alors le Prophète, qui veut avoir la joie de contempler un de ceux qui seront du nombre des habitants du Paradis, regarde cet homme. »

4. Ibn-‘Abbâs a dit : « Une députation des ‘Abdelqaïs vint trouver le Prophète. « Nous, déclarèrent les membres de cette députation, nous sommes de la tribu de Rabî’a, et nous sommes séparés de toi par les infidèles de la tribu de Modar en sorte que nous ne pouvons parvenir jusqu’à toi que dans les mois sacrés ; donne-nous tes instructions, nous les suivrons et nous engagerons ceux que nous avons laissés derrière nous à les suivre également. --- Je vous ordonne, répondit le Prophète, de faire quatre choses et de vous abstenir de quatre choses également. Je vous ordonne la foi en Dieu, c’est-à-dire l’attestation qu’il n’y a d’autre divinité que Dieu, --- et, ce disant, il compta ainsi sur ces doigts en les fermant, --- l’observation de la prière, le payement de la dîme et le versement du cinquième du butin que vous aurez fait. Je vous interdis l’emploi des gourdes, des jarres noires, des tonnelets formés d’un tronc de palmier évidé et des outres enduites de poix. »

5. Selon Hammâd, la foi en Dieu c’est l’attestation qu’il n’y a pas d’autre divinité que Dieu.

6. Abou-Horaïra a dit : « Quand l’Envoyé de Dieu fut mort, que Abou-Bakr fut au pouvoir et qu’un certain nombre d’Arabes eurent renié leur foi, ‘Omar dit à Abou-Bakr : « Comment vas-tu combattre ces gens-là, alors que l’Envoyé de Dieu a dit : « J’ai reçu l’ordre de combattre les gens tant qu’ils n’auront pas attesté qu’il n’y a pas d’autre divinité que Dieu, car quiconque a prononcé cette formule a rendu pour moi sa vie et sa fortune inviolables, sauf le cas où il est responsable d’après la loi. En dehors de cela, il n’a de comptes à régler qu’avec Dieu ? --- Par Dieu ! répondit Abou-Bakr, je veux combattre quiconque s’est affranchi de la prière et de la dîme, car la dîme est obligatoire pour les biens. Par Dieu ! quand ils ne me refuseraient qu’une chèvre parmi les redevances qu’ils payaient à l’Envoyé de Dieu, je les combattrais à cause de ce refus. --- Par Dieu ! s’écria ‘Omar, il faut que Dieu ait inspiré Abou-Bakr, car je reconnais qu’il a raison. »

 
CHAPITRE II. --- Du serment de fidélité avec promesse de payer la dîme. – « S’ils se repentent, qu’ils observent la prière et qu’ils payent la dîme ils seront (de nouveau) vos frères en religion » (sourate IX, verset 11).
 
1. Djâbir-ben-‘Abdallah a dit : « Je prêtai serment de fidélité au Prophète en m’engageant à faire la prière, à payer la dîme et à aider de mes conseils tout musulman. »
 
 
CHAPITRE III. --- Du péché commis par celui qui refuse la dîme. – De ces paroles du Coran : « Et ceux qui amassent l’or et l’argent et ne le dépensent point…goûtez ce que vous avez amassé (sourate IX, verset 34-35).
 
1. Selon Abou-Horaïra, le Prophète a dit : « Alors les chameaux, en meilleur état qu’ils n’étaient (sur terre), s’avanceront contre leur maître qui n’aura pas payé la dîme qu’il devait à leur et le fouleront sous leurs pieds, tandis que (les béliers) lui donneront des coups de corne. --- Vous devez traire les animaux quand ils ont bu (il était d’usage de distribuer du lait aux pauvres et cette distribution se faisait à l’aiguade après que les animaux avaient bu. Cette phrase est donc une invitation à faire l’aumône. A noter la présence des animaux au Jugement dernier.). --- Et, ajoute le Prophète, au jour de la Résurrection, que l’un de vous, portant sur son cou un mouton bêlant, ne vienne pas me dire : « Ô Mohammed (intercède pour moi), » car je lui répondrai : « Je ne puis rien pour toi ; je t’avais annoncé (ce que tu avais à faire. ») Qu’un autre, portant sur son cou un chameau grognant, ne vienne pas me dire : « Ô Mohammed (intercède pour moi) », car je lui répondrai : « Je ne puis rien auprès de Dieu pour toi. Je t’avais annoncé (ce que tu devais faire). »

2. D’après Abou-Horaïra, l’Envoyé de Dieu a dit : « Celui à qui Dieu aura des biens et qui n’en aura pas payé la dîme, Dieu, au jour de la Résurrection fera apparaître ces biens sous la forme d’un python à la tête chauve, avec deux excroissances de chair. Le jour de la Résurrection, ce python s’enroulera autour du cou de cet homme ; il le prendra dans ses mâchoires et dira : « Je suis ton bien, je suis ton trésor. » Ensuite le Prophète récita ce passage du Coran : « Qu’ils ne comptent pas, ceux qui sont avares, etc. » (sourate III, verset 75).
 
 
CHAPITRE IV. --- Ce qui paie la dîme n’est pas une somme thésaurisée (pour comprendre le titre de ce chapitre il faut se rappeler que le Coran interdit aux musulmans de thésauriser, quand la dîme fut établie, on craignit que cette prohibition n’eût pour conséquence de diminuer, sinon de tarir les sources de la dîme, et il fut décidé, pour ne point contrevenir au texte du Coran, que tout capital payant la dîme ne serait point considéré comme thésaurisé.). – Conformément aux paroles du Prophète : au-dessous de la valeur de cinq onces il n’y pas de dîme.
 
1. Khâlid-ben-Aslam a dit : « Nous étions en route avec ‘Abdallah-ben-‘Omar lorsqu’un arabe lui dit : « Donne-moi quelques renseignements au sujet de ces paroles du Coran : « Et ceux qui amasse l’argent et l’or… » (sourate IX, verset 34). --- Celui qui amasse l’argent, répondit Ibn-‘Omar, et qui ne paye pas la dîme, malheur à lui ! » Ceci se passait avant que la dîme eût fait l’objet d’une révélation. Lorsque la révélation eut lieu, Dieu fit de la dîme une purification de la fortune. »

2. D’après Abou-Sa’îd, le Prophète a dit : « Au-dessous de cinq onces il n’y a pas de dîme ; au-dessous de cinq chameaux, il n’y a pas de dîme ; au-dessous de cinq charges (de grains ou de dattes à, il n’y a pas de dîme. »

3. Zaïd-ben-Wahb a dit : « Comme je passais à Er-Rabadza j’y trouvai Abou-Dzarr. « Pourquoi, lui demandai-je, habites-tu ici ? --- J’étais en Syrie, répondit-il ; là j’ai été en désaccord avec Mo’âwia au sujet de ces mots du Coran : « Ceux qui amassent de l’or et de l’argent et qui ne le dépensent point dans la voie de Dieu (sourate IX, verset 34) ». Mo’âwia prétendait que ce verset s’appliquait à nous (musulmans) tandis que je soutenais qu’il s’appliquait à nous et à eux (c’est-à-dire aux chrétiens et aux juifs également. L’influence de Abou-Dzarr était si grande qu’elle portait ombrage non seulement à Mo’âwia, simple gouverneur alors, mais au calife ‘Otsmân lui-même). Nous nous sommes brouillés à cette occasion. Il a alors porté plainte contre moi à ‘Otsmân et celui-ci m’a écrit de venir à Médine. Je m’y rendis et, les gens s’étant amassés autour de moi comme s’ils ne m’avaient jamais vu, je rapportais la chose à ‘Otsmân, qui me dit : « Si tu voulais t’éloigner et aller habiter à peu de distance d’ici ! » Telle est la raison qui m’a fait résider en cet endroit. On m’aurait intimé l’ordre d’obéir à un abyssin (esclave) que j’aurais écouté cet ordre et l’aurais suivi. »

4. El-Ahnaf-ben-Qaïs a dit : « J’étais assis auprès d’un groupe de Qoraïchites lorsque arriva un homme grossier de chevelure, de vêtements et d’aspect. Il se tint debout, salua et dit : « Annonce aux thésauriseurs la bonne nouvelle suivante : On fera rougir pour eux une pierre dans le feu de la Géhenne, on appliquera cette pierre sur le bout du sein de l’un d’eux et on l’y laissera jusqu’à ce qu’elle pénètre jusqu’à la clavicule de l’épaule ; on la posera ensuite sur la clavicule de l’épaule, jusqu’à ce qu’elle pénètre jusqu’au bout du sein en s’agitant. » Cela dit, l’homme s’en retourna et alla auprès d’un pilier. Je le suivis et m’assis à côté de lui sans savoir qui c’était. « Je ne pense pas que ce que tu as dit à ces gens ait eut d’autre résultat que de leur causer de la répulsion. --- Ils ne comprennent rien de ce qu’a dit mon ami, répondit-il. --- Et quel est ton ami ? demandai-je. --- Mon ami, répliqua-t-il, c’est le Prophète qui m’a dit : Ô Abou-Dzarr : vois-tu le mont Ohod ? » Alors, regardant le soleil pour voir ce qu’il restait de jour, car je pensais que l’Envoyé de Dieu voulait me charger d’un message pour quelque affaire, je répondis : « Oui ». --- Ah ! reprit-il, que je voudrais avoir une quantité d’or égale à la montagne de Ohod, dépenser tout cet argent et ne garder que trois dinars. » Ces gens-là ajouta Abou-Dzarr, ne comprennent point : ils ne songent qu’à amasser des richesses. Eh bien, non, par Dieu ! non, je ne leur demande pas d’argent et ne leur expliquerai plus leur devoir de religion jusqu’à ce que j’aille rejoindre Dieu. »
 
 
CHAPITRE V. --- Du fait de dépenser de l’argent pour des choses qui le méritent.
 
1. Ibn-Mas’oud rapporte qu’il a entendu le Prophète dire : « On ne doit être jaloux que de deux choses : de l’homme qui, ayant reçu la fortune de Dieu, est obligé de la perdre en l’employant utilement, et de l’homme qui, ayant reçu la sagesse de Dieu, en fait usage et l’enseigne.
 
 
CHAPITRE VI. --- De l’ostentation dans l’aumône (dans tout ce titre il est question à la fois de la dîme et de l’aumône. L’usage que l’on doit faire des produits de la dîme explique assez bien cette confusion, puisque la dîme n’est en réalité qu’une aumône obligatoire dont la répartition, au lieu d’être libre, est soumise à des règles fixes.), suivant ces paroles du Coran : « Ô vous qui croyez, ne détruisez point l’effet de vos aumônes par les reproches et les mauvais procédés…, car Dieu ne dirige point les infidèles. » (sourate II, verset 266). Dans ce verset, Ibn-‘Abbâs explique le mot sold par une chose contre laquelle on ne peut rien. ‘Ikrima dit que wâbil signifie une forte pluie et tall, la rosée.
 
 
CHAPITRE VII. --- Dieu n’accepte pas une aumône dérobée au butin. Il n’accepte que celle qui provient d’un gain honnête, conformément à ces paroles du Coran : « Une bonne parole et de l’indulgence valent mieux qu’une aumône suivie de mauvais procédés. Dieu est riche et clément. » (sourate II, verset 265).
 
 
CHAPITRE VIII. --- L’aumône doit provenir d’un gain honnête, d’après ces paroles du Coran : « Il donnera aux aumônes un bénéfice usuraire. Dieu n’aime aucun incrédule criminel. Certes ceux qui ont cru, qui pratiquent les bonnes œuvres, qui accomplissent la prière et payent la dîme auront leur récompense auprès du Seigneur. Ils n’auront aucune crainte à avoir et ils ne seront point attristés. » (sourate II, verset 277).
 
1. D’après Abou-Horaïra, l’Envoyé de Dieu a dit : « Quiconque fera l’aumône d’une charge de dattes provenant d’un gain honnête, --- et Dieu n’accepte que ce qui est honnête, --- Dieu le recevra de sa main droite et il élèvera cette aumône pour son auteur, de même que l’un de vous élève son poulain, jusqu’à ce que cette aumône soit comme une montagne. »
 
 
CHAPITRE IX. --- Il faut faire l’aumône avant qu’on ne puisse la refuser.
 
1. Hâritsa-ben-Wahb a dit : « J’ai entendu le Prophète prononcer ces paroles : « Faites l’aumône, car il viendra un temps où l’homme s’en ira avec son aumône sans trouver quelqu’un qui veuille l’accepter. --- Ah ! si tu étais venu hier, dira l’homme à qui on l’offrira, je l’aurais acceptée, mais aujourd’hui je n’en ai plus besoin. »

2. Selon Abou-Horaïra, l’Envoyé de Dieu a dit : « L’heure du Jugement dernier n’arrivera pas avant que, parmi vous, les richesses n’affluent et ne dérobent en sorte que l’homme qui aura des biens sera embarrassé de trouver quelqu’un qui accepte son aumône, car, quand il l’offrira à quelqu’un, celui à qui il l’aura offerte lui dira : « Je n’en ai nul besoin. »
‘Adyy-ben-Hâtim a dit : « J’étais auprès de l’Envoyé de Dieu quand deux hommes vinrent le trouver : l’un d’eux se plaignit de la misère ; l’autre des détrousseurs de route. « Quant au brigandage sur les routes, répondit l’Envoyé de Dieu, tu n’auras guère à en souffrir qu’autant que les caravanes se rendront à la Mecque sans être protégées par un défenseur. En ce qui concerne la misère, l’heure du Jugement dernier ne viendra pas avant que l’un de vous se promène en vain avec son aumône sans trouver quelqu’un qui veuille l’accepter. Après cela, chacun de vous sera debout devant Dieu ; il n’y aura entre lui et l’Eternel aucun voile et aucun interprète ne sera chargé de traduire ses paroles. Dieu dira sûrement alors : « Ne t’ai-je point donné la fortune ? --- Oui, répondra le fidèle. --- N’ai-je pas envoyé vers toi un Envoyé ? --- Oui, répondra-t-il. » Et alors le fidèle regardera à sa droite et ne verra que le feu de l’Enfer ; puis il regardera à sa gauche et il ne verra également que le feu de l’Enfer. Que chacun de vous redoute le feu de l’Enfer. Qu’il fasse donc l’aumône, fût-ce de la moitié d’une datte ; et, s’il n’a pas autre chose, qu’il fasse l’aumône d’une bonne parole. »

3. D’après Abou-Mousa, le Prophète a dit : « Certes il viendra un temps pour les hommes où celui qui se promènera avec une aumône de pièces d’or ne trouvera personne qui veuille l’accepter. On verra alors un seul homme suivi par quarante femmes, qui se réfugieront auprès de lui, tant il y aura pénurie d’hommes et abondance de femmes.
 
 
CHAPITRE X. --- Redoutez l’Enfer (en faisant l’aumône) fût-ce d’une moitié de datte ou en donnant la moindre aumône. – Ils ressemblent ceux qui dépensent leurs biens…dans lesquels il y a toutes sortes de fruits (sourate II, verset 267-268).
 
1. Abou-Mas’oud a dit : « Quand le verset relatif à l’aumône fut révélé, nous nous mîmes à porter des charges (moyennant salaires). Un homme vint qui fit une aumône considérable. Tout le monde dit : « C’est par ostentation ». Un autre vint qui fit l’aumône d’une mesure (de dattes). Tout le monde de dire alors : « Dieu n’a pas besoin de cette mesure de dattes. » Dieu révéla aussitôt ce verset : « Ceux qui critiquent les croyants qui donnent largement les aumônes, ainsi que ceux qui ne se les procurent qu’avec peine… » (sourate IX, verset 80).

2. Abou-Mas’oud-El-Ansâri a dit : « Quand l’Envoyé de Dieu nous donna l’ordre de faire l’aumône, certains d’entre nous se rendaient au marché et faisant le portefaix gagnaient un modd (une mesure de grain), tandis qu’aujourd’hui il est des gens qui en possèdent cent mille. »

3. Adyy-ben-Hâtim a dit : « J’ai entendu le Prophète prononcer ces mots : « Redoutez l’Enfer (en faisant l’aumône) fût-ce d’une moitié de datte. »

4. ‘Âïcha a dit : « Une femme accompagnée de deux de ses filles se présenta et demanda l’aumône. Je n’avais rien autre chose qu’une seule datte. Je la donnai à cette femme qui la partagea entre ses deux filles, et n’en mangea point. Cette femme se leva et sortit ; puis le Prophète entra. Je lui racontai la chose et il dit alors : « Celui qui, pour ses filles, se sera privé de la moindre des choses la retrouvera pour le protéger contre le feu de l’Enfer. »
 
 
CHAPITRE XI. --- Du mérite de l’aumône faite par l’avare bien portant, conformément à ces paroles du Coran : « Ô vous qui croyez, dépensez (en aumône) une partie des biens dont nous vous avons gratifiés avant que vienne un jour où ni engagement, ni amitié, ni intercession n’auront de valeur. Les infidèles sont les pervers » (sourate II, verset 255). – Dépensez (en aumône) une partie des biens dont nous vous avons gratifiés avant que la mort ne vienne…(sourate LXIII, verset 10).
 
1. Abou-Horaïra a dit : « Un homme vint trouver le Prophète et lui dit : « Ô Envoyté de Dieu, quelle est l’aumône qui sera la plus largement récompensée ? --- C’est, répondit-il, celle que tu fais toi, homme bien portant et avare, qui redoutes la pauvreté et ambitionnes la richesse. N’attends pas que tu sois sur le point de rendre l’âme pour dire : « Ceci est pour un tel ; ceci est pour un tel, car alors ces choses appartiendront à un tel (ton héritier).

2. D’après ‘Âïcha, quelques-unes des femmes du Prophète dirent à ce dernier : « Quelle est celle de nous qui sera la première à aller te rejoindre (après ta mort) ? --- Celle dont la main sera la plus large, répondit-il ». Aussitôt elles prirent un roseau et se mesurèrent ; c’était Souda qui avait la main la plus large. Plus tard, nous apprîmes que la largeur de main dont il s’agissait était l’aumône. Ce fut en effet Souda qui fut la première à aller rejoindre le Prophète, et elle aimait à faire l’aumône.
 
 
CHAPITRE XII. --- De l’aumône faite publiquement et de ces paroles du Coran : Ceux qui dépensent (en aumône) leurs biens nuit et jour, en secret et en public…(sourate II, verset 275).
 
 
CHAPITRE XIII. --- De l’aumône en secret. – Abou-Horaïra a dit d’après le Prophète : « Un homme a fait une aumône et il l’a dissimulée de façon que sa main gauche n’a pas su ce que faisait sa main droite. » -- De ces paroles du Coran : « …Si vous faites l’aumône publiquement, c’est bien ; mais si la faites en secret et que vous alliez vous-même trouver les pauvres, cela vous vaudra mieux… » (sourate II, verset 273).
 
 
CHAPITRE XIV. --- De celui qui, sans le savoir, fait l’aumône au riche.
 
1. Abou-Horaïra a rapporté que l’Envoyé de Dieu a dit : « Un homme avait dit : « Je vais faire une aumône. » Puis il partit avec son aumône et la mit dans la main d’un voleur. Le lendemain, comme on (les juifs) parlait de cette aumône faite à un voleur, le même homme dit : « Ô mon Dieu, louange à toi ; je vais faire une aumône. » Puis il partit avec son aumône et la déposa dans la main d’une femme adultère.
Le lendemain on parla de cette aumône faite la veille à une femme adultère. Le même homme dit encore : « Ô mon Dieu ! louange à Dieu qui m’a fait donner l’aumône à une femme adultère. Je vais faire encore une aumône. » Puis il partit avec son aumône et la mit dans la main d’un riche. Le même homme s’écria alors : « Ô mon Dieu ! louange à toi qui m’as fait donner l’aumône à un voleur, à une femme adultère et à un riche. » Cet homme vit en songe quelqu’un qui lui dit : « L’aumône que tu as faite à un voleur servira peut-être à lui enlever dorénavant le désir de voler. Celle faite à une femme adultère la portera peut-être à s’abstenir de l’adultère, et, quant à celle faite à un riche, il y verra peut-être un exemple à imiter et il dépensera (en aumônes) une partie des biens que Dieu lui a donnés. »
 
 
CHAPITRE XV. --- De celui qui, sans le savoir, fait l’aumône à son fils.
 
1. Ma’n-ben-Yazîd a dit : « Je prêtai serment de fidélité à l’Envoyé de Dieu en même temps que mon père et mon grand-père. Le Prophète fit une demande en mariage pour moi et me maria. Puis j’allai lui exposer le grief suivant : Mon père avait tiré (de sa bourse) un certain nombre de dinars pour en faire des aumônes, et il remit cet argent à un homme qui se trouvait dans la mosquée. Quand je vins à la mosquée je pris une de ces parts d’aumônes et la portai à mon père qui me dit : « Par Dieu ! ce n’est pas à toi à qui je voulais donner. » J’allai demander à l’Envoyé de Dieu de se prononcer sur notre différent et il le fit en ces termes : « Ô Yazîd, tu seras récompensé pour ton intention ; et toi, ô Ma’n, garde ce que tu as reçu. »
 

TITRE 24
DE LA DÎME

CHAPITRE XVI. --- L’aumône se fait de la main droite.
 
1. D’après Abou-Horaïra, le Prophète a dit : « Il y a sept (catégories de personnes) que Dieu protégera de son ombre, le jour où il n’y aura plus d’autre ombre que la sienne : l’imam équitable ; le jeune homme qui grandit dans l’adoration de Dieu ; l’homme attaché par le cœur aux mosquées ; deux hommes qui, s’aimant réciproquement en Dieu, se réunissent pour Dieu et se séparent à cause de lui ; l’homme qui, appelé par une femme d’une haute situation et jolie, répond : « Je crains Dieu » ; l’homme qui, faisant une aumône, la dissimule en sorte que sa main gauche ignore ce qu’a dépensé (en aumônes) sa main droite ; enfin l’homme qui, mentionnant Dieu dans la solitude, a les yeux inondés de larmes. »

2. Hârista-ben-Wahb-El-Khozâ’i a entendu le Prophète dire : « Faites l’aumône (maintenant), car un temps viendra où l’homme ira vainement offrir son aumône. La personne à qui il l’offrira lui répondra : « Si vous me l’aviez offerte hier, je l’aurais acceptée, mais aujourd’hui je n’en ai plus besoin. »
 
 
CHAPITRE XVII. --- De celui qui charge son serviteur de faire l’aumône et ne la pratique pas lui-même. – D’après Abou-Mousa le Prophète a dit : « Dans ce cas, le serviteur est pour une part de l’aumône faite. »
 
1. D’après ‘Âïcha, le Prophète a dit : « Quand une femme fait l’aumône de la nourriture de son ménage sans gaspillage, elle aura une récompense pour la charité qu’elle a faite ; son mari aura une récompense puisqu’il a gagné l’argent du ménage. Le gardien des provisions aura également une part et la part de l’un ne diminuera en aucune façon la part des autres. »
 
CHAPITRE XVIII. --- Pas d’aumône sinon avec le superflu de la richesse. – Il n’est pas admis que quelqu’un fasse l’aumône quand il est dans le besoin, lui ou les siens, ou qu’il a des dettes. Il est préférable, dans ce dernier cas, qu’il emploie son argent à s’acquitter plutôt qu’à faire l’aumône, affranchir un esclave et faire une donation. Il ne lui appartient pas de faire disparaître l’argent d’autrui. – Le Prophète a dit : « Quiconque prend le bien d’autrui dans le dessein de l’anéantir, Dieu l’anéantira lui-même. » -- Il faut excepter toutefois celui qui est connu par sa résignation ; il pourra s’imposer cette privation même s’il est dans la misère. C’est ainsi que fit Abou-Bakr lorsqu’il donna tout son bien en aumônes. – C’est également une privation de ce genre que s’imposèrent les Ansâr vis-à-vis des Mohâdjir. – Le Prophète a interdit de faire périr les biens ; il n’est donc pas permis de faire périr celui d’autrui sous prétexte d’aumône. – Ka’b-ben-Mâlik a rapporté qu’il dit : « Ô Envoyé de Dieu, certes je voudrais pour ma pénitence me dépouiller de mes biens et en faire aumône à Dieu et à son Envoyé. » « Garde une partie de ton bien, lui répondit le Prophète, cela vaudra mieux pour toi. » « Eh bien, répliquai-je, je garderai ma part que j’ai à Khaïbar. »
 
1. Selon Abou-Horaïra, le Prophète a dit : « La meilleure aumône est celle qui est faite avec le superflu de la richesse. Commence à donner à ceux que tu dois nourrir. »

2. D’après Hakîm-ben-Hizâm, le Prophète a dit : « La main la plus haute vaut mieux que la main la plus basse. Commence par ceux que tu dois nourrir.
La meilleure aumône est celle faite avec le superflu de la richesse ; celui qui demandera à être sage, Dieu lui accordera de l’être ; celui qui demandera à être riche, Dieu l’enrichira. »

3. D’après ‘Abdallah-ben-‘Omar : pendant qu’il était en chaire, parlant de l’aumône, de l’abstinence et de la mendicité, l’Envoyé de Dieu a dit : « La main la plus haute vaut mieux que la main la plus basse. La plus haute c’est celle qui donne, la plus basse c’est celle qui reçoit.3
 
 
CHAPITRE XIX. --- De celui qui reproche ce qu’il a donné, selon ces paroles du Coran : « Ceux qui dépensent (en aumônes) leurs biens dans la voie de Dieu, puis qui ne font pas suivre leur aumône d’un reproche ou d’un mauvais traitement… » (sourate II, verset 264).
 
CHAPITRE XX. --- De celui qui veut se hâter de faire l’aumône le jour même.
 
1. D’après ‘Oqba-ben-El-Hârits, le Prophète faisait la prière de l’après-midi ; il se hâta, puis rentra chez lui et ne tarda pas à revenir. Je lui en fis l’observation – ou, suivant une variante : on lui en fit l’observation. – « J’avais, répondit-il, oublié de la poudre d’or destinée à être donnée en aumônes ; il m’a répugné de remettre la chose au lendemain et alors je suis allé la distribuer. »
 
CHAPITRE XXI. --- De l’encouragement à faire l’aumône et du fait d’inviter les autres à la faire.
 
1. Ibn-‘Abbâs a dit : « Un jour de fête, le Prophète se rendit à la mosquée ; il pria deux rika’ qu’il n’avait encore jamais faites et qu’il ne fit plus désormais. Puis, accompagné de Bilâl, il se dirigea vers les femmes, leur adressa des exhortations en leur enjoignant de faire l’aumône. Alors chaque femme se mit à jeter (dans le manteau de Bilâl) ses bracelets et ses boucles d’oreilles. »

2. Abou-Mousa a dit : « Quand un mendiant ou quelqu’un demandant quelque chose venait trouver le Prophète, celui-ci disait : « Intercédez auprès des autres, vous aurez votre part de la récompense et Dieu, par la langue de son Prophète, fera ensuite ce qu’il voudra. »

3. Asmâ rapporte que le Prophète lui dit : « Ne lésine pas avec les autres, on lésinerait avec toi. »
D’après ‘Abda, le Prophète a dit : « Ne calcule pas, sinon Dieu calculerait avec toi. »
 
CHAPITRE XXII. --- L’aumône doit être faite dans la mesure de ses moyens.
 
1. ‘Abdâd-ben-‘Abdallah-ben-Ez-Zobaïr rapporte que Asmâ, la fille d’Abou-Bakr, étant allée trouver le Prophète, celui-ci lui dit : « Ne fais pas de réserves, Dieu en ferait à ton égard. Donne en aumône tout ce que tu pourras. »
 
CHAPITRE XXIII. --- L’aumône efface le péché.
 
1. D’après Hodzaïfa, ‘Omar a dit : « Quel est celui d’entre vous qui se souvient des hadiths de l’Envoyé de Dieu  au sujet des épreuves ? --- Moi, répondit Hodzaïfa, je me souviens de ce qu’il a dit. --- Alors, reprit ‘Omar, c’est à toi de nous répéter ce qu’il a dit. --- Voici ses paroles, répliquai-je : « Les épreuves de l’homme à cause de sa famille, de ses enfants et de ses voisins sont effacées par la prière, l’aumône et les bonnes œuvres. » Solaïman rapporte que le Prophète disait : « La prière, l’aumône, l’ordre de faire le bien et la défense de faire le mal. --- Ce n’est pas ces épreuves dont je veux parler, reprit ‘Omar, mais de celles qui provoquent des mouvements tumultueux comme ceux des vagues de la mer. --- Ces épreuves-là, tu n’as pas à t’en préoccuper, ô prince des Croyants, dis-je alors, car entre eux et toi il y a une porte bien close. --- Cette porte sera-t-elle brisée ou s’ouvrira-t-elle ? demanda-t-il. --- Elle ne sera pas ouverte, répondis-je, mais brisée. --- Et quand elle aura été brisée, ne sera-t-elle plus jamais refermée ? --- Certes oui, elle sera refermée. » Comme nous n’osions demander à Hodzaïfa ce que c’était que cette porte, nous priâmes Masrouq de lui poser cette question ; ce qu’il fit, et il répondit : « C’est ‘Omar. --- Et, reprîmes-nous, ‘Omar sait-il de qui tu as voulu parler ? --- Oui, répliqua-t-il, comme il sait que la nuit précède le matin. Les hadiths que je viens de lui dire ne sont point entachés d’erreurs. »

CHAPITRE XXIV. --- De celui qui a fait l'aumône alors qu'il était infidèle et qui se convertit ensuite à l'Islam.

1. Hakîm-ben-Hizâm rapporte qu'il dit : "Ô Envoyé de Dieu, que penses-tu de certaines choses religieuses que j'ai pratiquées au temps du paganisme, telles que : aumônes, affranchissement d'esclaves, bons offices à l'égard des proches. Serai-je récompensé pour ces diverses choses ? --- En adoptant l'islamisme, répondit le Prophète, tu conserves à ton actif tout le bien fait précédemment."


CHAPITRE XXV. --- De la récompense attribuée au serviteur qui fait l'aumône sur l'ordre de son maître et sans gaspiller.

1. D'après 'Âïcha, l'Envoyé de Dieu a dit : "Lorsque, sans propdigalité, la femme fait aumône de la nourriture de son mari, elle aura une part de la récompense ; son mari en aura une parce qu'il a gagné (l'argent employé à cette aumône) ; le gardien des vivres aura également une part de récompense."

2. D'après Abou-Mousa, le Prophète a dit : "Le gardien, musulman, digne de confiance, qui exécute --- ou, suivant une variante, qui donne --- une aumône intégralement, exactement, sincèrement, et la remet à la personne à qui elle est destinée, est un de ceux qui font l'aumône."


CHAPITRE XXVI. --- De la récompense de la femme qui fait l'aumône ou distribue de la nourriture de la maison de son mari sans faire acte de prodigalité.

1. D'après 'Âïcha, le Prophète a dit : "La femme qui, sans prodigalité, fait aumône --- ou, suivant une variante, donne à manger --- des choses de la maison de son mari, aura sa part de récompense ainsi que son mari. Il en sera de même pour le gardien. Le mari aura une part parce qu'il a gagné l'argent du ménage ; la femme, parce qu'elle a fait l'aumône."

2. D'après 'Âïcha, le Prophète a dit : "La femme qui, sans prodigalité, fera aumône de la nourriture du ménage, aura une part de récompense ; son mari en aura une également puisque c'est lui qui a gagné l'argent. Le gardien aura lui aussi une part de récompense."


CHAPITRE XXVII. --- De ces paroles du Coran : "Quant à celui qui donne et qui craint (Dieu), qui ajoute foi à la parole la plus belle (le Coran), certes nous lui faciliterons la voie la plus facile. -- Pour celui qui s'est montré avare et dédaigneux..." (sourate XCII, versets 5, 6, 7, 8). -- Ô mon Dieu, donne à celui qui fait l'aumône une compensation.

1. Selon Abou-Horaïra, le Prophète a dit : "Il n'est pas un seul jour où, le matin, chaque homme n'ait auprès de lui deux anges venus du ciel. L'un d'eux dit : "Ô mon Dieu, à celui qui fait l'aumône, "donne une compensation" ; l'autre dit : "Ô mon Dieu, à celui qui retient son argent, "inflige une perte."


CHAPITRE XXVIII. --- De la parabole de l'homme charitable et de l'avare.

1. D'après Abou-Horaïra, le Prophète a dit : "L'homme charitable et l'avare sont comparables à deux hommes vêtus chacun d'une cotte e mailles de fer allant des seins aux épaules. L'homme charitable ne fait une aumône sans que cette tunique s'étende --- ou couvre entièrement --- sur sa peau, en sorte qu'elle recouvre bientôt le bout de ses doigts et dissimule tout son corps. Pour l'avare, au contraire, quand il veut faire une aumône, chacun des anneaux de cette cotte de mailles s'incruste à sa place, et, quand il essaie de l'élargir, elle ne s'élargit pas."


CHAPITRE XXIX. --- L'aumône peut provenir du travail et de celui du commerce, conformément à ces mots du Coran : "Ô vous qui croyez, dépensez (en aumônes) une partie des gains honnêtes que vous aurez faits et des biens que nous faisons sortir pour vous du sol...Il est riche ; il est glorieux" (sourate II, versets 269, 270).

CHAPITRE XXX. --- Tout musulman est tenu de faire l'aumône ; que celui qui ne trouve pas à la faire fasse le bien.

1. D'après Abou-Mousa, le Prophète a dit : "Tout musulman est tenu de faire l'aumône. --- Mais, objecta-t-on, ô Envoyé de Dieu, et celui qui ne trouve pas à la faire ? --- Qu'il travaille de ses mains, répondit le Prophète, il se rendra ainsi utile à lui-même et pourra faire l'aumône. --- Mais s'il ne trouve pas à s'occuper ? --- Qu'il aide le besogneux, le malheureux. --- Et s'il n'y en a pas ? --- Alors qu'il fasse le bien, qu'il s'abstienne de faire le mal et cela lui sera compté comme aumône."

 

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Publié dans Sahih El Boukhâri

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