Sahih El Boukhâri: TITRE 30 DU JEÛNE
TITRE 30
DU JEÛNE
CHAPITRE PREMIER.
- De l'obligation du jeûne pendant le mois de ramadân. - De ces mots du Coran : "Ô vous qui croyez, le jeûne vous est prescrit, comme il a été prescrit à ceux qui étaient avant vous. Peut-être craindrez-vous (le Seigneur)" (sourate II, verset 179).
1. Talha ben 'Obaïd rapporte qu'un Bédouin, les cheveux hérissés, vint trouver l'Envoyé de Dieu et lui dit : "Ô Envoyé de Dieu, informe-moi de ce que Dieu me prescrit en fait de prières. - Les cinq prières (canoniques), répondit le Prophète, à moins que tu ne veuilles bénévolement en faire d'autres. - Informe-moi, reprit le Bédouin de ce que Dieu m'impose comme jeûne. - Le jeûne pendant le mois de Ramadân, reprit le Prophète, à moins que bénévolement tu veuilles en faire davantage. - Informe-moi, dit encore le Bédouin, de ce que Dieu me prescrit comme aumône." L'Envoyé de Dieu lui indiqua les règles de l'islam à cet égard. Le Bédouin s'écria alors : "Par celui qui t'a honoré de la vérité, je ne ferai rien bénévolement, mais je ne manquerai pas à une seule des choses prescrites par Dieu." Cet homme, dit l'Envoyé de Dieu, sera un bienheureux s'il est sincère." - ou, suivant une autre version : "On le fera entrer dans le paradis s'il est sincère."
2. Nâfi' rapporte que Ibn 'Omar a dit : "Le Prophète jeûne le jour de 'Achourâ et il donna ordre de pratiquer ce jeûne. Lorsque le jeûne du ramadân fut prescrit, on cessa de jeûner le jour de 'Achourâ. 'Abdallah ne jeûnait le jour de 'Âchourâ qu'autant que cela tombait un de ses jours de jeûne volontaire."
3. D'après 'Aïcha, les Qoraïchites jeûnaient le jour de 'Achourâ aux temps antéislamiques. Le Prophète ordonna ce jeûne jusqu'au jour où fut prescrit celui du ramadân. Le Prophète a dit : "Celui qui la veut peut jeûner ce jour-là ; mais celui qui veut manger ce jour-là peut le faire."
CHAPITRE II. - Des mérites du jeûne.
1. D'après Abou Horaïra, l'Envoyé de Dieu a dit : "Le jeûne es un préservatif. Que celui qui jeûne ne commette pas d'actes obscènes et ne sois pas grossier. Si quelqu'un l'attaque ou l'injurie, qu'il dise deux fois : "Je jeûne." J'en jure par celui qui tient ma vie entre ses mains, le relent de la bouche de celui qui jeûne est un parfum plus agréable à Dieu que l'odeur du musc. "Jeûner pour moi, à dit Dieu, c'est renoncer à manger, à boire et à satisfaire ses passions à cause de moi. Je récompenserai celui qui jeûne et toutes ses bonnes actions au déculpe."
CHAPITRE III. - Le jeûne est une expiation.
1. Hodzaïfa a dit : "'Omar ayant demandé qui savait un hadith du Prophète relatif à l'état de trouble, je répondis : "Moi. J'ai entendu le Prophète dire : "L'état de trouble de l'homme peut naître de sa famille, de son argent et de son voisin. Pour le dissiper, il y a la prière, le jeûne et l'aumône. - Ce n'est pas de cet état là que je veux parler, dit 'Omar, mais de celui qui produit des agitations pareilles à celles des flots de la mer. - Pour celui-là, reprit Hodzaïfa ; il est derrière une porte fermée à clé. - Cette porte s'ouvrira-t-elle ou la brisera-t-on ? demanda 'Omar. - Elle sera brisée, reprit Hodzaïfa. - Cela, reprit 'Omar, est plus probable, et il ne sera plus possible de la refermer jusqu'au jour de la Résurrection."
Comme nous disions à Masrouq de demander à Hodzaïfa si 'Omar savait quelle était cette porte, il le demanda et Hodzaïfa répondit : "Oui, aussi bien qu'il savait qu'avant le matin il fait nuit (ce hadith, qui prédit le shisme qui divisa l'islamisme et les troubles qui furent la conséquence de l'assassinat de 'Otsmân, est rédigé d'une façon obscure dans le texte lui-même. Il en est ainsi de toutes les prédictions.)."
CHAPITRE IV. - De la porte Er Rayyân pour ceux qui jeûnent.
1. D'après Sahl, le Prophète a dit : "Il y a dans le paradis une porte qui s'appelle Er Rayyân ; c'est par elle qu'entreront ceux qui ont jeûné, a jour de la Résurrection ; personne autre qu'eux n'entrera par cette porte. On dira : "Où sont ceux qui ont jeûné ?" Alors ceux-ci se lèveront, et personne autre qu'eux n'entrera par cette porte. Aussitôt qu'ils seront entrés, la porte sera fermée et personne n'entrera plus par là."
2. D'après Abou Horaïra, l'Envoyé de Dieu a dit : "A celui qui aura dépensé une paire de quelque chose dans la voie de Dieu, on criera des portes du paradis : "Ô adorateur de Dieu, ceci est bien." Celui qui aura beaucoup prié, on l'appellera par la porte de la prière ; celui qui aura beaucoup fait la guerre sainte sera appelé par la porte de la guerre sainte ; celui qui aura beaucoup jeûné sera appelé par la porte de Er Rayyân ; celui qui aura fait souvent l'aumône sera appelé par la porte de l'aumône. - Je donnerais pour toi la vie de mon père et de ma mère, Ô Envoyé de Dieu, dit Abou Bakr ; certes aucun préjudice ne sera causé à ceux qui seront appelés par une de ces portes, mais y aura-t-il quelqu'un qui sera appelé par toutes ces portes à la fois ? - Oui, répondit le Prophète, et j'espère que tu seras un ceux-là."
CHAPITRE V.
- Doit-on dire "Le Ramadân" ou "le mois de Ramadân". - De ceux qui estiment que l'un et l'autre sont licites. - Le Prophète a dit : "Celui qui jeûnera le ramadân" et "Ne devancez pas le ramadân".
1. D'après Abou Horaïra, le Prophète a dit : "Quand vient le ramadân, les portes du Paradis s'ouvrent."
2. D'après Abou Horaïra, le Prophète a dit : "Quand le ramadân commence, les portes du ciel s'ouvrent, les portes de l'enfer se ferment, et les démons sont enchaînés."
3. Ibn 'Omar rapporte qu'il a entendu l'Envoyé de Dieu dire : "Quand vous le voyez (le croissant de la lune), jeûnez ; quand vous le voyez, rompez le jeûne ; s'il y a des nuages, faites une supputation."
D'après Ibn Chihâb, il aurait ajouté : "le croissant de la lune de ramadân."
CHAPITRE VI.
- De celui qui accomplit le jeûne du ramadân avec foi, avec espoir de récompense et avec sincérité. - 'Aïcha a dit d'après le Prophète : "Ils seront ressuscités avec leurs intentions."
1. Selon Abou Horaïra, le Prophète a dit : "Celui qui, pendant la nuit du destin, reste debout avec la foi et l'espoir d'une récompense, aura le pardon de toutes ses fautes précédentes. Celui qui jeûnera le ramadân avec foi et espoir de récompense obtiendra le pardon de ses fautes passées."
CHAPITRE VII. - Jamais le Prophète n'était plus généreux que pendant le Ramadân.
1. Ibn 'Abbâs a dit : "Le Prophète était un des hommes les plus généreux ; mais il l'était plus encore en ramadân quand il recevait Gabriel. Gabriel venait le visiter chaque nuit du ramadân jusqu'à la fin de ce mois, et le Prophète lui soumettait le Coran. Chaque fois qu'il avait la visite de Gabriel, le Prophète se montrait plus généreux que le vent qui amène la pluie."
CHAPITRE VIII. - De celui qui ne renonce pas à dire des mensonges ou à faire des faussetés pendant le jeûne.
1. Selon Abou Horaïra, le Prophète a dit : "Celui qui ne renonce ni à dire des mensonges, ni à pratiquer des faussetés, Dieu n'a nul besoin qu'il se prive de boire ou de manger."
CHAPITRE IX. - Quand on est insulté, doit-on dire : "Je jeûne".
1. Abou Horaïra rapporte que l'Envoyé de Dieu a dit : "Dieu a révélé ceci : "Tout acte accompli par un fils d'Adam lui sera acquis dans la mesure qu'il sait, mais son jeûne m'appartiendra ; c'est moi qui en fixerai la rétribution. Le jeûne est un préservatif (de l'enfer). Quand le jour est venu pour l'un de vous de jeûner, qu'il s'abstienne de propos indécents, qu'il ne se dispute pas. Si quelqu'un l'injurie ou l'attaque, qu'il dise : "Je jeûne". J'en jure par celui qui tient l'âme de Mohamed entre ses mains, le relent de la bouche de celui qui jeûne est un parfum plus agréable à Dieu que l'odeur du musc. Celui qui jeûne éprouvera deux joies : il sera heureux quand il rompra le jeûne ; il sera heureux encore de son jeûne quand il rencontrera le Seigneur."
CHAPITRE X. - Du jeûne pour celui qui redoute les conséquences du célibat.
1. 'Alqama rapporte ceci : "Pendant que je marchais avec 'Abdallah, celui-ci me dit : "Nous étions avec le Prophète, lorsqu'il nous dit : "Celui qui est apte au mariage doit se marier ; le mariage (pour l'homme) est le meilleur moyen d'éteindre les regards lascifs et de dompter les désirs charnels. Que celui qui ne peut pas se marier jeûne, ce sera pour lui un calmant."
CHAPITRE XI.
- De ces paroles du Prophète : "Lorsque vous voyez le croissant de la lune, jeûnez et, lorsque vous le voyez, rompez le jeûne." - Sila, d'après 'Ammâr, a dit : "Celui qui jeûne le jour où il y a doute est rebelle à Abou-'l-Qâsim (Mohamed)."
1. 'Abdallah ben 'Omar rapporte que, parlant du ramadân, l'Envoyé de Dieu a dit : "Ne jeûnez pas avant d'avoir vu le croissant de la lune et ne rompez pas le jeûne avant de l'avoir vu. S'il y a des nuages, faites une supputation."
2. D'après 'Abdallah ben 'Omar, l'Envoyé de Dieu a dit : "Le mois a vingt neuf nuits. Ne rompez pas le jeûne avant d'avoir vu le croissant de la lune. S'il y a des nuages, achevez le nombre de trente (jours).
3. D'après Ibn 'Omar, le Prophète a dit : "Le mois est ainsi et ainsi, et il retira un pouce la troisième fois."
4. D'après Abou Horaïra, le Prophète - ou Abou-'l-Qâsim suivant une variante - a dit : "Jeûnez dès que vous le voyez ; rompez le jeûne dès que vous le voyez. S'il y a des brumes, accomplissez le nombre de Cha'ban, qui est de trente (jours)."
5. Omm Salama rapporte que le Prophète fit serment de continence à l'égard de ses femmes pour un mois. Quand vingt-neuf jours se furent écoulés, il vint le matin ou le soir (chez 'Aïcha). "Tu avais juré de ne pas entrer (ici) pendant un mois, lui objecta-t-on. - Eh bien, répondit-il, le mois est de vingt-neuf jours."
6. Anas a dit : "L'Envoyé de Dieu avait fait serment de continence à l'égard de ses femmes. Il avait eu le pied démis et resta dans une pièce de l'étage supérieur pendant vingt-neuf nuits. Il en descendit alors, et, comme on lui disait : "Ô Envoyé de Dieu, tu avais fait serment pour un moi", il répondit : "Le mois, c'est vingt-neuf jours."
CHAPITRE XII. - Les deux mois de fête ne peuvent être raccourcis tous deux.
- Ishaq, d'après El Bokhari, a dit : "Si l'un de ces mois a été raccourci, il sera néanmoins complet (même s'il n'a jeûné que vingt-neuf jours, le fidèle aura droit à la récompense intégrale attribuée au jeûne du ramadân)." - Mohammed ben Sîrîn a dit : "Ces deux mois ne sauraient être raccourcis à la fois dans une même année."
1. Avec isnâd différents, d'après Abou Bakra, le Prophète a dit : "Il y a deux mois qui ne doivent pas être raccourcis ; ce sont les mois de fête : ramadân et dzou-'l-hiddja."
CHAPITRE XIII. - De ces paroles du Prophète : "Nous n'écrivons pas et ne faisons point de calculs."
1. D'après Ibn 'Omar, le Prophète a dit : "Nous appartenons à une nation non instruite ; nous n'écrivons pas et ne faisons point de calculs. Le mois est ainsi et ainsi, c'est à dire une fois de vingt neuf, une fois de trente (jours)."
CHAPITRE XIV. - On ne doit pas faire précéder le Ramadân d'un jour ou de deux jours de jeûne.
1. Selon Abou Horaïra, le Prophète a dit : "Que personne de vous absolument ne fasse précéder le ramadân d'un jour ou de deux jours de jeûne, à moins que ce ne soit quelqu'un qui jeûne habituellement ce jour-là ; dans ce cas, qu'il jeûne."
CHAPITRE XV. - De ces mots du Coran : "La nuit du jeûne, il vous est permis d'avoir commerce avec vos femmes. Elles sont (en quelque sorte) votre vêtement comme vous êtes le leur. Dieu sait que vous violiez vos engagements ; mais il est revenu vers vous et vous a pardonné. Maintenant, ayez commerce avec vos femmes et cherchez à obtenir ce que Dieu a prédestiné pour vous..." (sourate II, verset 183).
1. El Barâ a dit : "Les compagnons de Mohamed faisaient ceci : quand un homme jeûnait et qu'au moment de la rupture du jeûne il s'endormait avant d'avoir rompu le jeûne, il restait sans manger cette nuit-là et le jour suivant et attendait le soir (pour manger).
"Qaïs ben Sirma El Ansâri; étant en état de jeûne, alla trouver sa femme au moment de la rupture du jeûne et lui dit : "As-tu quelque chose à manger ? - Non, répondit-elle ; je vais aller en demander pour toi." Comme cet homme travaillait tout le jour, ses yeux se fermèrent malgré lui (et il s'endormit). Quand sa femme fut de retour et le vit ainsi, elle s'écria : "Tu n'as vraiment pas de chance." Vers le milieu du jour, cet homme s'étant évanoui, ou rapporta le fait au Prophète. Ce fut alors qu'eut lieu la révélation de ce verset : "La nuit du jeûne, il vous est permis d'avoir commerce avec vos femmes, etc." Les infidèles en éprouvèrent une joie très vive, et la révélation ajouta : "Mangez et buvez jusqu'au moment où il vous sera possible de distinguer le fil blanc du fil noir..." (sourate II, verset 183).
CHAPITRE XVI. – De ces mots du Coran : « Mangez et buvez jusqu’au moment de l’aube où il vous sera possible de distinguer le fil blanc du fil noir. Ensuite observez le jeûne complet jusqu’à la nuit » (sourate II, verset 183). – Le chapitre précédent contient un hadith de El Barâ d’après le Prophète.
1. ‘Adiyy ben Hâtim a dit : « Quand ce verset : « …Jusqu’au moment où il vous soit possible de distinguer le fil blanc du fil noir… » fut révélé, j’allai prendre une corde noire et une corde blanche que je plaçai sous mon traversin. Durant la nuit, je les regardai et ne pus les distinguer l’une de l’autre. Le matin, j’allai trouver l’Envoyé de Dieu et lui rapportai la chose : « Ces deux fils, me répondit-il, symbolisent uniquement la noirceur de la nuit et la blancheur du jour. »
2. D’après deux isnâd différents, Sahl ben Sa’d a dit : « Quand ce verset : « Mangez et buvez jusqu’au moment où il ne vous sera pas possible de distinguer le fil blanc du fil noir… » fut révélé, il ne contenait pas ces mots : « de l’aube ». Certains fidèles, quand ils voulaient jeûner, s’attachaient aux deux pieds une corde blanche et une corde noire et ne cessaient de manger tant qu’ils pouvaient les distinguer l’une de l’autre.
Ce fut alors que Dieu révéla ces mots : « de l’aube », et on comprit alors qu’il s’agissait uniquement du jour et de la nuit. »
CHAPITRE XVII. – De ces paroles du Prophète : « Que l’appel à la prière de Bilâl ne vous prive pas du dernier repas de la nuit. »
1. D’après ‘Aïcha, Bilâl faisait l’appel à la prière quand il faisait encore nuit. Alors le Prophète dit : « Mangez et buvez jusqu’à ce que le fils de Omm Maktoum (Bilâl) ait fait l’appel à la prière, car il ne le fera plus maintenant qu’au moment du lever de l’aube. »
El Qâsim ajoute qu’entre les deux appels à la prière il ne s’écoulait pas plus de temps qu’il n’en fallait à Bilâl pour monter et descendre.
CHAPITRE XVIII. – Du retard apporté au dernier repas de la nuit.
1. Sahl ben Sa’d a dit : « J’étais entrain de prendre le dernier repas de la nuit avec ma famille et il fallut me hâter pour arriver à faire la prosternation avec l’Envoyé de Dieu. »
CHAPITRE XIX. – Du temps qui doit s’écouler entre le dernier repas de la nuit et la prière de l’aube.
1. Anas rapporte que Zaïd ben Tsâbit a dit : « Nous fîmes le dernier repas de la nuit avec le Prophète ; ensuite il se leva pour aller à la prière. – Combien de temps s’écoula-t-il entre l’appel à la prière et le dernier repas ? – demanda Anas. – Le temps de réciter cinquante versets, répondit Zaïd. »
CHAPITRE XX. – La bénédiction attachée au dernier repas de la nuit n’est pas obligatoire. – Il est vrai que le Prophète et ses compagnons cumulèrent (deux jours de jeûne) [ce cumul consistait exactement à ne pas rompre le jeûne pendant une nuit.], mais il n’a pas été fait mention du dernier repas de la nuit.
1. D’après ‘Abdallah, le Prophète cumula (deux jours de jeûne) ; les fidèles l’ayant imité, il en fut peiné pour eux et leur défendit. « Mais toi, tu le fais bien, dirent-ils. – C’est, répondit-il, que ma situation est autre que la vôtre ; toute la journée je suis nourri et abreuvé. »
2. D’après Anas ben Mâlik, le Prophète a dit : « Faites le dernier repas de la nuit. Une bénédiction est attachée à ce dernier repas. »
CHAPITRE XXI. – De celui qui se décide le jour même à jeûner. – Omm-‘d-Derdâ rapporte que Abou-‘d-Derda lui disait (parfois) : « As-tu quelque chose à manger ? » Et si on lui répondait non, il ajoutait : « Eh bien ! aujourd’hui je vais jeûner. » Cet exemple a été imité par Abou Talha, Abou Horaïra, Ibn ‘Abbâs et Hodzaïfa.
1. D’après Salama ben El Akwa’, le Prophète, un jour de ‘Âchoura, envoya un homme faire l’annonce suivante aux fidèles : « Que celui qui a mangé mange le reste du jour qu’il jeûne ; mais, que celui qui n’a pas mangé ne mange pas aujourd’hui. »
CHAPITRE XXII. – De celui qui jeûnant se trouve pollué le matin.
1. D’après deux isnâd différents, ‘Aïcha et Omm Salama ont rapporté que l’Envoyé de Dieu se trouva parfois surpris par l’aube alors qu’il était souillé à la suite d’un commerce charnel avec une de ses femmes. Il se lavait et continuait à jeûner.
Merwân dit à ‘Abdarrahman ben El Hârith : « Au nom de Dieu je te conjure d’adresser à ce sujet des reproches à Abou Horaïra. A ce moment Merwân était le gouverneur de Médine. Comme, dit Abou Bakr, (cette mission) contrariait ‘Abderrahman, il fut décidé que nous nous rencontrerions à Dzou-‘l-Holaïfa où Abou Horaïra avait une terre. ‘Abderrahman s’adressa en ces termes à Abou Horaïra : « Je vais te parler d’une chose dont je ne t’aurais sûrement rien dit si je n’en avais reçu l’ordre de Merwân. » Alors il lui raconta les paroles de ‘Aïcha et de Omm Salama. « C’est bien ainsi, répondit-il, que la chose m’a été rapportée par El Fadl ben ‘Abbâs qui le sait mieux que personne. »
Hammâm et Ibn ‘Abdallah ben ‘Omar rapportent que Abou Horaïra a dit que le Prophète ordonnait (dans ce cas) de rompre le jeûne. Mais la première opinion est mieux établie.
CHAPITRE XXIII. Des attouchements pour celui qui jeûne. – ‘Aïcha a dit que le Prophète s’interdisait tout commerce charnel avec elle.
1. ‘Aïcha a dit : « Pendant qu’il était en état de jeûne, le Prophète embrassait et touchait ses femmes, mais il était plus maître qu’aucun de vous de sa verge.
Le mot ماّرب, dit Ibn ‘Abbâs signifie « besoin ». – Tâwous a dit : اولىالاربة désigne « l’idiot » celui qui n’a pas besoin de femmes. – Djâbir ben Zaïd a dit : « Si quelqu’un regarde (une femme) et éjacule, son jeûne est tout à fait valable. »
CHAPITRE XXIV. – Du baiser pour celui qui jeûne.
1. D’après deux isnâd différents, ‘Aïcha a dit : « Il arrivait au Prophète d’embrasser certaines de ses femmes quand il était en état de jeûne. » Puis elle se mit à rire.
2. Zaïnab rapporte que sa mère, Omm Salama a dit : « Pendant que j’étais avec le Prophète, sous une couverture de laine, j’eus mes menstrues. Je m’enfuis aussitôt et allai revêtir mon costume de menstrues. « Qu’as-tu, me dit-il, tes menstrues ? – Oui, lui répondis-je. Et je me remis avec lui sous la couverture. » Elle et le Prophète se lavaient dans le même vase et il l’embrassait quand il était en état de jeûne.
CHAPITRE XXV. – De celui qui, étant en état de jeûne, se lave. – Ibn ‘Omar ayant mouillé son tsaub le mit sur lui bien qu’il fût en état de jeûne. – Ech Cha’bi entra au bain alors qu’il jeûnait. – Ibn ‘Abbâs a dit : « Il n’y a aucun mal à goûter ce qui est dans la marmite ou tout autre chose. » - El Hasan a dit : « Celui qui jeûne peut sans inconvénient se gargariser et se rafraîchir (le corps). » - Ibn Mas’oud a dit : « Lorsque c’est un jour de jeûne pour l’un de vous, il peut le matin se pommader et se démêler les cheveux. » - Anas a dit : « J’avais un bassin où je me plongeais pendant que je jeûnais. » - Ibn ‘Omar se frottait les dents au début et à la fin du jour. – Atâ a dit : « S’il avale sa salive je dis qu’il n’a pas rompu le jeûne. » - Ibn Sîrîn a dit : « Il n’y a aucun mal à se servir de siwâk frais. » On lui objecta que le siwâk avait un goût : il répondit que l’eau avait un goût et qu’on s’en rinçait la bouche. – Anas, El Hasan et Ibrahîm ne voyaient aucun mal à ce que celui qui jeûnait fit usage de koheul.
1. ‘Orwa et Abou Bakr rapportent que ‘Aïcha a dit : « Pendant le ramadân, il arrivait au Prophète d’être, au moment de l’aube, souillé de sperme ne provenant pas d’un rêve érotique. Il se lavait alors et il jeûnait. »
2. Abou Bakr Ben ‘Abderrahman a dit : « J’étais avec mon père ; nous allâmes ensemble chez ‘Aïcha qui nous affirma que l’Envoyé de Dieu, lorsque le matin il était souillé de sperme provenant de coït et non de rêve érotique, se lavait et poursuivait son jeûne. Nous allâmes ensuite chez Omm Salama qui nous répéta exactement la même chose. »
CHAPITRE XXVI. – De celui qui en état de jeûne boit et mange par mégarde. – ‘Atâ a dit : « Il n’y a aucun inconvénient pour celui qui renifle de l’eau à ce que cette eau lui entre dans la gorge, s’il est impuissant à la rejeter. » - El Hasan a dit : « Si une mouche pénètre dans le gosier, cela n’a aucun inconvénient pour celui qui jeûne. » El Hasan et Moudjâhid ont dit : « Il n’y a aucun mal quand on coïte par mégarde.
1. D’après Abou Horaïra, le Prophète a dit : « Celui qui, par mégarde, mange et boit, doit continuer à jeûner, car c’est Dieu qui a fait qu’il a mangé ou qu’il a bu. »
CHAPITRE XXVII. – Du Siwâk vert et sec pour celui qui est en état de jeûne. – On rapporte que ‘Âmir ben Rebi’a a dit : J’ai vu le Prophète se frotter les dents avec le siwâk bien qu’il fût en état de jeûne, et cela un nombre considérable et incalculable de fois. » - ‘Aïcha a dit : « D’après le Prophète le Siwâk purifie la bouche et fait plaisir au Seigneur. » - ‘Atâ et Qatâda disent qu’on peut avaler sa salive. – D’après Abou Horaïra le Prophète a dit : « Si je n’avais craint de surmener les fidèles, je leur aurais ordonné de faire usage du siwâk à chaque ablution. » La même tradition est rapportée par Djâbir ben Zaïd ben Khâlid d’après le Prophète qui n’a pas spécifié s’il s’agissait de celui qui jeûne plutôt que de tout autre.
1. On rapporte que Homrân a dit : « J’ai vu ‘Otsmân faire ses abltions ; il se versait trois fois de l’eau sur les mains, puis il se rinçait la bouche et reniflait de l’eau ; il se lavait le visage trois fois, la main droite jusqu’au coude trois fois, la main gauche jusqu’au coude trois fois. Il se passait la main humide sur la tête ; il se lavait ensuite le pied droit trois fois et le pied gauche trois fois. « J’ai vu, disait-il, l’Envoyé de Dieu faire ses ablutions comme je viens de faire les miennes et je l’ai entendu dire : Celui qui fera ses ablutions ainsi, qui priera ensuite deux rika’ et qui ne sera pas distrait au cours de ces rika’, obtiendra le pardon de ses fautes passées. »
CHAPITRE XXVIII. – De ces paroles du Prophète : « Lorsque le fidèle fait ses ablutions, qu’il renifle de l’eau par ses narines » sans établir aucune distinction entre celui qui est en état de jeûne et un autre. – El Hasan a dit : « Il n’y a aucun mal pour celui qui jeûne à prendre un remède par le nez pourvu que ce remède ne pénètre pas dans le gosier. Il peut faire usage du Koheul. » - ‘Atâ a dit : « Celui qui se rince la bouche et rejette ensuite l’eau dont il s’est ainsi servi ne sera pas en faute même s’il avale sa salive, ou de l’eau restée dans sa bouche. Quant à celui qui mâche de la résine, s’il avale sa salive imprégnée de résine je ne dirai pas qu’il a rompu le jeûne ; mais la chose lui est interdite. »
CHAPITRE XXIX. – De celui qui coïte pendant le ramadân. – On rapporte que Abou-Horaïra attribue au Prophète ce hadith : « Celui qui, sans motif, sans maladie, rompt le jeûne pendant un seul jour du ramadân ne pourra racheter sa faute jeûnât-il pour cela tout le reste de sa vie. » Tel est l’avis de Ibn ‘Mas’oud : mais Sa’îd ben El Mosayyab, Ech Cha’bi, Ibn Djo’baïr, Ibrahîm, Qatâda et Hammâd disent qu’il peut se racheter en jeûnant un autre jour en remplacement.
1. ‘Abbâd ben ‘Abdallah ben Ez Zobaïr rapporte qu’il a entendu ‘Aïcha dire : « Un homme vint trouver le Prophète et lui dit qu’il était damné. – Qu’as-tu donc ? demanda le Prophète. – J’ai eu commerce avec ma femme pendant le ramadân ; répondit-il. » On apporte à ce moment au Prophète une grande corbeille appelée ‘araq (pleine de dattes). « Où est le damné ? demanda le Prophète. – Me voici, répondit-il. – Eh bien, reprit le Prophète donne ceci en aumône. »
CHAPITRE XXX. – Celui qui coïte (de jour) pendant le ramadân et qui n’a rien à donner en aumône doit une expiation.
1. Abou Horaïra a dit : « Pendant que nous étions assis auprès du Prophète un homme vint le trouver : « Ô Envoyé de Dieu, s’écria cet homme, je suis perdu. – Qu’as-tu ? lui demanda le Prophète. – J’ai eu commerce avec ma femme alors que j’étais en état de jeûne, répondit-il. – As-tu quelque esclave que tu puisses affranchir ? demanda l’Envoyé de Dieu. – Non, répondit l’homme. – Es-tu capable de jeûner deux mois de suite ? – Non. – As-tu de quoi donner à manger à soixante pauvres ? – Non. » L’homme était resté là, quand, sur ces entrefaites, on apporta au Prophète un ‘araq plein de dattes. L’’araq est une corbeille.- « Où est l’homme qui vient de me questionner, reprit le Prophète ? – Me voici, répondit l’homme. – Prends cette corbeille, dit le Prophète, et fais aumône de son contenu. – Cette aumône, s’écria l’homme, doit-elle être faite à plus pauvre que moi ? Je jure par Dieu qu’il n’y a pas, entre les deux champs de pierres de Médine, - c’est à dire les deux Harra, - une seule famille qui soit plus pauvre que la mienne. » Le Prophète se mit à rire au point qu’il découvrit ses canines, puis il ajouta : Eh bien, donne ces dattes à manger à ta famille. »